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Où en est le secteur de l’Internet des objets, et quel avenir dessine-t-il ? Quelles sont les barrières à lever, les potentiels obstacles et opportunités ? Etat des lieux avec Laëtitia Jay, CMO de l’entreprise française Sigfox.

Qu’est-ce que Sigfox ?

Laëtitia Jay : Sigfox est une entreprise qui déploie un réseau mondial et offre des services de connectivité dédiés à l’Internet des objets (IoT). Ces dernières années, tout le monde en parle, et tout le monde s’y met, de la voiture autonome à la chaussure connectée. Cela est notamment dû au fait que les spécialistes nous présentent cela comme une véritable révolution, qui va permettre de connecter tous les objets qui nous entourent et transformer notre vie quotidienne, la société, les entreprises.

L’ambition de Sigfox, c’est de donner une voix à tous ces objets, grâce à une solution de connectivité simple à déployer comme à utiliser, disponible à l’échelle mondiale, économique et très peu consommatrice d’énergie.

Du soft au hard en passant par le réseau : arrivez-vous à proposer une offre globale en termes d’IoT ?

Aucun acteur dans le monde n’est capable de contrôler l’ensemble de la chaîne de valeurs et une solution qui sera adaptée à tous les cas d’usage n’existe pas. C’est pourquoi notre motto est le réseau et la connectivité : un objet, un réseau, une application.

Nous avons donc bâti tout un écosystème de partenaires pour nous aider à nous positionner sur l’ensemble de la chaîne de valeurs. Par le biais du Sigfox Partner Network, nous proposons une place de marché qui rassemble des bureaux d’étude, des fournisseurs de composants, des fabricants d’objets…, jusqu’aux intégrateurs et développeurs de plateformes. C’est dans cet esprit que Sigfox et Microsoft collaborent. Faire levier sur une plateforme comme Microsoft Azure permet de développer plus simplement des applications métiers complexes.

De ce fait, l’internationalisation a-t-elle été le prolongement naturel de cette réflexion ?

Les deux fondateurs de Sigfox, Christophe Fourtet et Ludovic Le Moan, se sont retrouvés autour d’une ambition internationale, en tant qu’élément clé du déploiement et du modèle économique de l’IoT. C’est cette vision d’un réseau et d’une offre mondiale qui fait la force de Sigfox, un peu comme des tables de la loi. Tout le déploiement de la société a suivi ces préceptes, y compris dans le recrutement, puisque nous recensons quinze nationalités différentes sur les 250 employés de l’entreprise !

D’autre part, les derniers investisseurs arrivés sont des investisseurs étrangers, et nos centres d’opération sont présents sur quatre continents : en Amérique à Boston, en Asie à Singapour,  au Moyen-Orient à Dubaï, et en Europe à Paris, Labège, Madrid et Munich. L’expansion internationale est plus que jamais le crédo pour atteindre la promesse Sigfox : un seul réseau, un seul contrat, à travers le monde.

Quid de la data et des lois françaises en la matière ?

Ce n’est pas un souci, car cela a également été pensé bien en amont, dès le design de l’offre. Nous avons mis en place une sécurité par défaut et par conception, afin de garantir la sécurité et la privauté des données et des objets. Aujourd’hui, le cloud que nous utilisons est situé en Europe et nous sommes en conformité avec les règles de cybersécurité que cela suppose.

Mais il n’y a pas que la sécurité des données qui compte, il faut également penser à la sécurité physique de l’information, lors de son transport. Nous avons mis en place différentes techniques comme l’anonymisation ou le transfert des données aux clients, en s’assurant que personne ne va intercepter ces informations.

«La sécurité dans l'IoT est cruciale, la bonne approche consistant à protéger les choses au bon endroit et au bon moment.»


Olabi Makerspace via Flickr CC BY 2.0

Justement : caméras de surveillance, données de transport, médicales, énergétiques… Beaucoup d’observateurs alertent sur les risques de hacking accrus qu’implique l’IoT, tant sur les réseaux que les objets. Quel est votre point de vue sur le sujet ?

La sécurité dans l’IoT est en effet absolument cruciale. Notre idée, c’est que chacun de nos clients puisse définir avec son utilisateur final ce qu’est une donnée privée, ce qu’il décide de partager publiquement ou non : le consentement est absolument primordial.

L’autre étape essentielle, c’est le risk assessment : nous avons la conviction que tout protéger au maximum n’est pas la bonne solution, la bonne approche consistant plutôt à protéger les choses au bon endroit et au bon moment. La sécurité à l’usage est plus utile que la sécurité à 100%.

Les vraies seules industries qui ont fait ce cheminement et implémentent aujourd’hui des contre-mesures de sécurité sont celles qui y ont été incitées par la loi, comme les industries énergétiques qui sont soumises à des réglementations de sécurité très strictes, mais également les industries développant des objets connectés dans le domaine de la santé et de la médecine, ainsi que les industries automobiles avec toute la problématique des voitures connectées.

On est donc encore dans une grosse phase d’évangélisation et d’éducation. Pour moi, ce sera le défi de l’IoT dans les cinq, dix prochaines années : garantir la sécurité nécessaire pour les systèmes d’information interconnectés. C’est un sujet très large, qui va bien au-delà de ce que fait Sigfox, mais nous sommes clairement une pierre de l’édifice.

Certains dénoncent un IoT à deux vitesses : celui des bidouilleurs, en plein essor, et celui de l’industrialisation, qui a du mal à décoller. Rejoignez-vous cette analyse ?

Oui… et non. Cela fait 20 ans que les industriels connectent leurs machines, via le machine to machine. Cela a commencé par les usines, pour améliorer la production, pour garantir la chaîne logistique… Le cœur de la démarche, au départ, c’est l’optimisation des process et la réduction des coûts. Le deuxième grand objectif poursuivi via cette connexion des objets, c’est la transformation du business model grâce à l’IoT, en créant de nouveaux services et de nouveaux usages. Et c’est grâce aux « bidouilleurs » que l’on atteint justement ce deuxième objectif.

Les deux sont absolument complémentaires : les bidouilleurs nourrissent les industriels et vice-versa, et les technologies sont complémentaires. Toute personne qui a une idée et la technique pour connecter un objet peut le faire, c’est à la portée de tout un chacun, mais tout le monde ne peut pas tirer son épingle du jeu. Sur 100, 2 vont peut-être faire un carton, pas plus. Exactement comme au temps de l’avènement d’Internet.

La différence fondamentale entre les deux, c’est que les bidouilleurs partent de l’objet à connecter, quand l’IoT défendu par les grands industriels questionne un modèle économique à réformer.

Je rajouterai qu’il y a, selon moi, une troisième catégorie distincte qui est l’écosystème des start-up, à mi-chemin entre l’IoT des bidouilleurs et l’IoT des grands industriels : ces start-up commencent à développer un modèle économique autour d’un service à valeur ajoutée, dont la conséquence est qu’il faut connecter un petit objet. Ces derniers sont probablement les grands acteurs de l’IoT de demain.

Quelles sont les prochaines étapes de Sigfox ?

On continue sur notre lancée : nous sommes actuellement présents sur tous les continents, dans 24 pays exactement, et prévoyons de déployer le réseau dans 30 pays d’ici fin 2016 et 60 pays d’ici 2018, en poursuivant ce qui marche à présent : favoriser la prolifération des objets et des cas d’usage, tout en étoffant notre réseau de partenaires et notre écosystème, qui est absolument clé dans notre réussite.

Du point de vue technologique, l’un des nerfs de la guerre de l’IoT de demain, c’est l’énergie et la maîtrise de sa consommation. L’objectif étant de parvenir à créer un objet totalement autonome, sans pile, sans batterie, qui puisse se régénérer seul. C’est ce sur quoi nous travaillons actuellement, avec des expérimentations très prometteuses, mais je ne peux pas vous en dire plus pour le moment !