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Améliorer l’observance, les essais cliniques, tirer le meilleur parti des données... Frédéric Thomas, Associé, Responsable du secteur Santé et sciences de la vie de KPMG France, a présenté ce nouveau champ des possibles du secteur de la santé lors de Microsoft Experiences’16. Compte-rendu.

A l’échelle mondiale, le nombre de patients ne cesse d’augmenter, en particulier dans les pays émergents. On estime ainsi que, grâce à la médecine moderne, l’équivalent de la population française accède aux soins… chaque année !

Et si pendant longtemps ce sont les pathologies infectieuses qui ont capté la plupart des dépenses de santé, le paradigme est en train de changer : si l’essor des antibiotiques et des vaccins ont aujourd’hui permis de limiter les pathologies infectieuses, les pathologies chroniques sont pour leur part de plus en plus importantes. Des pathologies que le corps médical ne va pas chercher à « guérir » mais plutôt à en contrôler les facteurs de risque.

Les maladies chroniques (cardiovasculaires, respiratoires ou encore le diabète) sont à elles seules responsables de la croissance des dépenses de santé. Et pour cause :

  • Plus de 100 millions de personnes âgées de plus de 15 ans souffrent d’une maladie chronique en Europe. En Chine, ils sont 260 millions ;
  • 159 milliards de dollars sont dépensés par les pays européens chaque année pour traiter les maladies chroniques ;
  • 75% des dépenses de santé aux Etats-Unis sont liées aux maladies chroniques.

Internet signe l’avènement du « patient-expert ». La santé est le premier objet de recherche sur Internet, si bien que l’on constate l’apparition des patients capables d’avoir une discussion avec les professionnels de santé afin de faire des choix sur leur traitement.

Utiliser les nouvelles technologies, oui mais pour quoi faire ?

Dans ce contexte de croissance des dépenses liées aux maladies chroniques, l’usage des nouvelles technologies parait crucial pour maîtriser les coûts. L’enjeu est central pour les établissements de santé qui doivent rationaliser l’offre de soins en ciblant plus efficacement les diagnostics et les traitements, participant ainsi à une meilleure et plus efficace qualité de services et de soins dans le parcours du patient.

C’est en ce sens que Frédéric Thomas met en avant trois principaux apports du numérique au service de la santé :

Faire évoluer les modèles de prescription et de distribution

Internet signe l’avènement du « patient-expert ». La santé est le premier objet de recherche sur Internet, si bien que l’on constate l’apparition des patients capables d’avoir une discussion avec les professionnels de santé afin de faire des choix sur leur traitement.

A terme, ces données de recherche non-médicales pourraient apporter une aide importante au diagnostic ou au suivi de la diffusion de certaines maladies. Des chercheurs de Microsoft ont par exemple récemment montré qu’en analysant de simples informations anonymisées de recherches en ligne, il était possible de détecter 5 à 15% des cancers du pancréas bien avant que l’internaute n’ait seulement l’idée d’aller voir son médecin. Impact concret de cette innovation : ce dépistage précoce pourrait permettre d’augmenter le taux de survie à cinq ans, particulièrement bas pour cette maladie, le faisant passer de 3% à 5 voire 7%.

A moyen ou long terme, on peut également imaginer une prise en compte accrue de la part des professionnels de santé des données issues de « l’auto-analyse » du patient, en particulier grâce aux smartphones et à diverses applications (qualité du sommeil, rythme cardiaque, etc.)

Améliorer la performance par les données et les analytics

La réussite et le coût des essais cliniques dépendent fortement de la qualité de leur suivi. En ce sens, les données sont essentielles. Grâce au big data et aux diverses solutions d’analytics, de formidables avancées sont envisageables, que ce soit dans la remontée ou le partage d’informations, le suivi en temps réel ou encore les analyses automatisées.

Améliorer l’observance et la transparence

L’observance, ou l’adéquation entre le comportement du patient et le traitement proposé, est d’une importance cruciale dans le traitement d’une maladie, en particulier chronique. Pourtant, cette observance n’est pas toujours respectée : selon un rapport de l’OMS daté de 2003, l’observance concerne un peu moins de 70% des patients en Europe.

Un écueil qui peut être évité grâce à des applications de suivi qui permettent non seulement d’aider le patient à distance, mais aussi de recueillir des informations précieuses pour prévoir et traiter en amont, prodiguer des soins encore plus ciblés ou, plus simplement, faire évoluer les traitements :

 « Ces solutions permettent d’aider les patients à suivre et prendre en main leur pathologie, les engager dans leur traitement, et surtout, les aide à vivre au quotidien avec cette pathologie », précise Frédéric Thomas.

France : où en sommes-nous ?

Des apports qui sont autant d’enjeux pour la santé du futur. Frédéric Thomas a également brossé un état des lieux du secteur hexagonal, soulignant trois principaux freins qui peuvent ou pourraient faire obstacle à la pénétration des nouvelles technologies dans le secteur de la santé:

  • La vitesse, trop lente, des process mis en place par les organismes ;
  • Le manque de partenariats entre nouveaux acteurs et acteurs traditionnels, afin de répartir les risques et de partager les opportunités ;
  • Une mauvaise gestion des bases de données enfin, un comble lorsque l’on sait que la santé est le secteur qui génère le plus de données, en particulier l’imagerie médicale.

En effet, les établissements français de soins sont dans leur majorité mal reliés les uns aux autres : « Leur vision sur ce qu’il se passe en dehors est parcellaire voire aveugle », commente-t-il. Est-ce que le patient est toujours en bonne santé un mois après sa sortie ? A-t-il été admis au service d’urgence d’un autre établissement ? Autant de questions qui se trouvent généralement sans réponse, faute de bases et d’échanges de données. Des réponses qui constituent pourtant des indicateurs indispensables autant pour juger de la qualité des soins que pour assurer la continuité du lien avec le patient et de son parcours.

« Un problématique qui fait également écho à l’actualité lorsqu’il s’agit de services d’urgences saturés. Jusqu’à une période très récente, il n’était pas possible de savoir en temps réel quel service avoisinant avait les capacités d’accueillir les malades qui ne pouvaient pas être reçus sur place », conclut Frédéric Thomas.