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Comment accroître l’efficience des établissements de santé ? Comment tirer le meilleur parti du numérique pour améliorer les parcours de soins des patients ? Des DSI des grands centres hospitaliers aux start-up qui montent, tour d’horizon de ceux qui font bouger les choses dans le domaine de la santé. Aujourd’hui, zoom sur Nomadeec, première solution mobile connectée pour l'examen clinique en médecine ambulatoire et la télémédecine d'urgence. Microsoft Ideas a rencontré Xavier Maurin, co-fondateur et CEO, ainsi que Stéphanie Dulout, CMO.

Qu’est-ce que Nomadeec ? 

Xavier Maurin : Nomadeec est une solution de télémédecine mobile. Le projet a été initié en 2013 par Louis Rouxel, médecin urgentiste et SOS Médecins sur Bordeaux Rive-droite, et moi-même, qui suis ingénieur et expert dans l’expérience utilisateur (UX).

C’est une solution à destination des professionnels de santé dans un contexte d’urgence, qui regroupe autour d’une tablette tactile un ensemble de dispositifs médicaux connectés comme un tensiomètre, un saturomètre ou encore un ECG douze dérivations, plus précis que les ECG classiques et qui permet d’évaluer l’activité cardiaque dans sa globalité et de détecter au plus tôt un début d’infarctus.

Côté technique, nous avons une application mobile qui orchestre le tout et, à l’autre bout de la chaîne, nous avons une applications web sécurisée destinée aux médecins. L’ensemble est supporté par des solutions Microsoft.

Santé et numérique : le pack Nomadeec

Le pack regroupe autour d’une tablette tactile un ensemble de dispositifs médicaux connectés : tensiomètre, saturomètre ou encore ECG.


Crédit photo : Nomadeec

Quel est le cas d’usage le plus représentatif qui vous vient à l’esprit ? 

Stéphanie Dulout : Peu de gens se rendent compte des choix critiques que les médecins régulateurs et les urgentistes ont à faire. Lorsqu’un médecin prend un appel au centre local, il faut qu’il comprenne très vite quelle est l’urgence et quels moyens il doit envoyer.

Sur place, les secouristes doivent rapidement avoir les consignes médicales afin d’assurer la meilleure prise en charge. Le problème, aujourd’hui, est que ces personnes n’ont que le téléphone et la voix pour communiquer, alors que plus de 90% des appels au 15 nécessiteraient davantage d’informations…

Un exemple ? Il y a trois semaines, à Poitiers, le centre 15 a reçu un appel d’une personne qui avait fait un malaise mais qui n’avait pas de douleurs à la poitrine. L’ambulance, dotée de notre solution, a transmis un bilan patient complet au médecin régulateur du 15. Au vu des symptômes, le médecin a demandé un ECG à distance, qui a révélé un début d’infarctus. Sans Nomadeec, l’ECG n’aurait pas été transmis si tôt au médecin régulateur qui n’aurait pas pu orienter si vite le patient directement aux urgences cardiaques (et non aux urgence générales) et faire préparer le plateau technique adéquat pour un accueil en urgence. Ce gain de temps dans la prise de décision, la communication entre professionnels de santé et l’orientation a permis de sauver la vie du patient.

Au-delà des médecins et urgentistes, quels sont les autres utilisateurs de Nomadeec ? 

Xavier Maurin : Nous avons la possibilité d’équiper des pompiers, des structures telles que SOS Médecins, des médecins correspondants du SAMU, mais aussi des Etablissements d’hébergement pour personnages âgées dépendantes (EHPAD), des Soins de suite et de réadaptation (SSR), des services HAD (Hospitalisation à domicile) d’hôpitaux ou cliniques, des centres pénitentiaires… En réalité, nous pouvons équiper beaucoup de structures dans le cadre de la permanence de soins.

L’autre marché très important pour nous, c’est le rapatriement sanitaire. Les médecins chargés de rapatrier des patients dans leurs pays d’origine peuvent utiliser Nomadeec tout au long du trajet.

Quels sont les retours des utilisateurs ? 

Stéphanie Dulout : Le premier bénéfice que les soignants expriment, c’est la rapidité de prise de décision, qui permet aux médecins régulateurs et aux soignants qui sont au chevet des patients de faire leurs métiers encore plus efficacement.

Notre solution permet également de remettre du lien et de la confiance entre les différentes catégories de soignants. C’est un avantage moins impactant économiquement mais qui joue sur la qualité de soin. Et, avec une orientation design au service de l’humain, Nomadeec permet de valoriser les compétences : l’idée n’est pas que les soignants soient collés à leur écran…

Plus largement, grâce à cette technologie, les hospitalisations inutiles sont évitées – des hospitalisations qui génèrent des conséquences économiques et psychologiques, notamment chez les personnes âgées. A l’inverse, cela permet d’orienter beaucoup plus rapidement les patients vers le bon plateau technique lorsque des doutes subsistent… Ce qui représente 90% des appels d’urgence.

Xavier Maurin : Nous avons bénéficié d’une première publication début décembre 2016, lors du 9e congrès national de la Société française de télémédecine, à Paris. Cela nous a permis de valider le concept ainsi que l’impact des bénéfices avérés pour les patients. Cette reconnaissance médicale est cruciale pour notre développement.

nomadeecteam

Nomadeec permet l’optimisation des ressources de coordination et de régulation.


Crédit photo : Nomadeec

Plus précisément, en quoi Nomadeec permet-il d’améliorer le parcours de soins ainsi que l’efficience des établissements de santé ? 

Xavier Maurin : Fondamentalement, cette solution permet d’envoyer le bon moyen au bon moment et dans la bonne situation, pour éviter, par exemple, de mobiliser une ambulance médicalement assistée pour rien, puisque le bilan est validé au plus tôt au chevet du patient.

Stéphanie Dulout : Nomadeec permet l’optimisation des ressources de coordination et de régulation. Si on se place dans un contexte rural souvent qualifié – à raison – de désert médical, cela permet de maximiser le potentiel des ressources humaines en gardant une vraie qualité de soins.

Quels sont vos projets pour l’avenir ? 

Xavier Maurin : Nous allons poursuivre le déploiement du dispositif en France et à l’étranger : nous partons au salon CES de Las Vegas avec la FrenchTech dans cet objectif de préparation de notre internationalisation.

Nous sommes sollicités en parallèle sur d’autres projets de télémédecine, comme le premier projet de télé-AVC mobile, qui permet de faciliter le diagnostic AVC précoce au chevet du patient. C’est un enjeu majeur de santé publique ! On fait aussi appel à nous pour optimiser la gestion de l’urgence et de la permanence de soins intra-structures afin de permettre une première régulation à distance entre leurs établissements et particulièrement en zone rurale ou pour la HAD.

Stéphanie Dulout : Nous allons également ajouter d’autres dispositifs connectés, avec un angle intelligence artificielle, pour l’aide au diagnostic et aux gestes.

Enfin, le dernier volet concerne la promotion de la télémédecine. On parle beaucoup d’e-santé et de nouvelles technologies, mais nous nous constatons que nous en sommes seulement au tout début de la transformation digitale dans le domaine, y compris en France. Imaginez : le décret permettant la rémunération des actes de téléconsultation pour les médecins vient tout juste d’être publié en France, alors que cette pratique est devenue banale depuis plus de dix ans chez plusieurs de nos voisins Européens.  Il y a énormément d’actions de lobbying et de vulgarisation à mener !