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Comment le Big Data et l’accroissement de la mobilité modifient-ils notre rapport au travail et à l’emploi ? Pourquoi l’utilisation du Cloud va-t-elle évoluer ? Qu’est-ce qu’une culture d’entreprise fondée sur les données ? Autant de questions que Microsoft Ideas a posées à Preston McAfee, Chief Economist de Microsoft.

Utiliser des faits plutôt que des opinions, des analyses plutôt que l’instinct

Les données s’imposent comme des ressources précieuses et Satya Nadella, CEO de Microsoft, a exprimé la nécessité, pour les entreprises, de créer une culture fondée sur les données (data driven culture). Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?

Preston McAfee : Une culture d’entreprise fondée sur les données signifie que l’on va utiliser des faits plutôt que des opinions. Nous devons faire nos propres choix – quels produits proposer, quel prix demander, quels investissements réaliser – en nous fondant sur des faits empiriques, des analyses poussées des données, plutôt que sur des croyances ou sur notre instinct.

Microsoft est en train d’évoluer vers un modèle de fournisseur de services en ligne. Dans de nombreux cas, nous pouvons tester des variantes de nos produits pour voir comment ils sont reçus par les utilisateurs plutôt que simplement les créer et les lancer. Bing, par exemple, existe en plusieurs centaines de variantes et évalue l’expérience utilisateur dans l’objectif de produire le meilleur produit possible.

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"Les changements à venir vont avoir un impact encore plus puissant sur les entreprises que celui qu’a pu avoir l’ordinateur."


Crédit image : Karlis Dambrans / Flickr.com / Licence BY 2.0

« Aujourd’hui, plus personne ne s’attend à effectuer le même travail pendant 40 ans ! »

Les données, le Cloud, la mobilité… Ces évolutions technologiques et sociétales modifient-elles notre rapport au travail et, plus largement, à l’emploi ?  

Preston McAfee : Les changements à venir vont avoir un impact encore plus puissant sur les entreprises que celui qu’a pu avoir l’ordinateur. Nous parlons ici des masses de données ou du Big Data, des apports du machine learning…  En d’autres termes, de « l’intelligence ambiante. »

Le monde du travail et de l’emploi tel que nous le connaissons est en train de changer de nature. Avant, une personne était embauchée après avoir obtenu son diplôme et travaillait dans cette entreprise toute sa carrière. Aujourd’hui, plus personne ne s’attend à effectuer le même travail pendant 40 ans ! Pendant ce temps, les méthodes par lesquelles nous effectuons nos tâches quotidiennes évoluent et évolueront de plus en plus vite.

Nous sommes déjà dans une phase où les outils utilisés par la plupart des professions ont évolué, si ce n’est radicalement changé, tous les dix à quinze ans. Aussi, le besoin de poursuivre ses études, de se former sur de nouvelles méthodes de travail, ne va faire que croître dans les prochaines années.

Les employeurs commencent à visualiser plus nettement quelles sont les compétences des employés et quelles sont celles qui coïncident le mieux à leurs besoins. Les frontières entre entrepreneurs et salariés s’estompent : les entreprises vont de plus en plus faire appel aux talents des free-lances quand le besoin se présentera.

Nous voyons des lueurs de ces changements qui commencent à émerger, mais des évolutions encore plus conséquentes dans la nature de l’emploi sont devant nous.

« Je m’attends à ce que la plupart des entreprises externalisent leur hardware IT d’ici une dizaine d’années »

Comment voyez-vous le Cloud dans cinq ans ? Quelles sont les grandes étapes à venir selon vous ?

Preston McAfee : L’intelligence ambiante me paraît être l’un des bénéfices majeurs dont nous profiterons dans les cinq prochaines années :

  • Nous pourrons disposer de l’information dont nous avons besoin quand nous le souhaitons, sans même la rechercher. Tout sera accessible depuis n’importe quel équipement.
  • Nous assisterons à l’automatisation plus généralisée des tâches, souvent, sans avoir à le demander. Par exemple, quand vous manquerez un vol, votre réservation d’hôtel sera automatiquement ajustée selon les circonstances et leurs évolutions.
  • Enfin, nous assisterons à une personnalisation des actions. Concrètement, plutôt que de traiter une parcelle agricole complète avec des pesticides, des capteurs détermineront l’activité des insectes, ce qui permettra de ne traiter que les zones touchées, réduisant de fait le besoin en pesticides tout en augmentant le rendement des cultures.

De la même manière, le Cloud vous comprendra. Il vous offrira des recommandations que personne d’autre ne peut vous proposer. Le Cloud devient un assistant personnel, comprenant vos désirs et agissant dans cette perspective.

Du côté des entreprises, je m’attends à ce que la plupart d’entre elles externalisent leur hardware IT d’ici une dizaine d’années. Les DSI seront chargés de la sécurité, de la gestion des devices et de l’information, mais le hardware sera externalisé vers le Cloud public.

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"Dans cinq ans, les DSI seront chargés de la sécurité et de l’information, mais le hardware sera externalisé vers le Cloud public."


Crédit image : Torkild Retvedt / Flickr.com / Licence CC BY SA 2.0

Pourquoi cette évolution du Cloud privé au Cloud public ?

Le Cloud public est, selon moi, plus efficace que les Clouds privés, au moins pour deux raisons :

  • Les fournisseurs de Cloud exploitent des sites très conséquents et peuvent réaliser des économies d’échelles en termes de design ou d’architecture et d’implantation de datacenter. Les datacenters modernes utilisent beaucoup moins d’énergie que ceux créés il y a à peine quelques années ;
  • Les entreprises ont des pics de demande à des horaires différents. Les Clouds privés nécessitent d’être provisionnés pour répondre à cette demande, tandis que le Cloud public bénéficie là encore d’économies d’échelle : les pics d’usage des différentes entreprises s’étalent ou s’égalisent sur la durée. Aujourd’hui, des entreprises utilisent un mix entre le public et le privé : c’est ce que l’on nomme le Cloud hybride. Mais, dans le futur, la majorité d’entre elles migreront de plus en plus vers la solution publique.

D’ici là, les entreprises déjà existantes continueront à faire appel à des solutions hybrides, faites de hardware interne augmenté par les capacités du Cloud.

 

* Entretien réalisé en partenariat avec Regards sur le numérique.