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Le mot est sur toutes les lèvres. Chaque jour, de nouvelles initiatives émergent, que ce soit pour faciliter la vie quotidienne ou bouleverser des business model. Enthousiastes comme sceptiques : la révolution - déjà en cours - de l’Internet des Objets (IoT) ne laisse personne indifférent.

Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Quel est le véritable état actuel du secteur ? Et quid des menaces que l’IoT peut faire peser sur la société, que ce soit au niveau de la sécurité des données ou de leur utilisation ? Pour répondre à toutes ces questions, Microsoft Ideas est allé à la rencontre de Nicolas Gaume, directeur de la division Developer eXperience de Microsoft France chargé, entre autres, des programmes de l’entreprise en faveur de l’innovation et du soutien à l’entrepreneuriat ainsi que des relations avec l’écosystème, et de Guillaume Pelletier, CEO de Dotvision, qui développe depuis plus de 10 ans des produits et services dans le domaine de l’Internet des Objets.

L’IoT, tout le monde en parle. Au-delà du buzzword, quel regard portez-vous sur l’évolution du secteur ?

Nicolas Gaume : L’Internet des Objets n’est certainement pas une mode, mais la nouvelle phase d’un processus ancien et durable. Celui qui de la miniaturisation de l’informatique depuis les années 1970 ans au développement vertigineux de la téléphonie mobile aujourd’hui, ambitionne de rapprocher une puissance de calcul grandissante, toujours moins chère, au plus près des données et des usages.

L’IoT devient aujourd’hui plus visible du fait de la réduction drastique des coûts tant de l’électronique de mesure et de connexion que celui de la puissance de stockage et de traitement offertes par le Cloud. La vertigineuse accélération de la captation automatisée d’une masse de données grandissante et leur traitement de plus en plus instantané crée une nouvelle dimension.

Le « buzzword » capte l’air du temps. Et souligne la réalité des nouveaux usages possibles aujourd’hui. De formidables opportunités s’ouvrent à nous.

Chez Microsoft, nous avons la chance de découvrir et d’accompagner de remarquables entreprises et startups françaises investies dans ce domaine. Notre pays compte un grand nombre de belles réussites et de promesses dans l’IoT. Des textiles intelligents capables de capter les paramètres d’activité des personnes qu’ils habillent (rythme cardiaque, utilisation des muscles, etc.) aux outils non intrusifs mesurant le diabète ou la qualité de sommeil en passant par les ceintures connectées capable d’apprécier évolutions de poids et de masse corporelle sont, par exemple, de formidables opportunités d’améliorer la santé de chacun.

On imagine le potentiel de tels objets dans beaucoup d’autres secteurs aussi divers que la sécurité ou l’énergie par exemple.

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« L’Internet des Objets n’est certainement pas une mode, mais la nouvelle phase d’un processus ancien et durable. »


Crédit image : aotaro / Flickr.com/ Licence CC BY 2.0

Dotvision est notamment présente dans le domaine de l’énergie. Etait-ce un domaine plus évident qu’un autre pour se lancer dans les objets connectés ?

Guillaume Pelletier : De par l’histoire de Dotvision, l’énergie était en effet un secteur assez naturel. Dès 2005, je travaillais sur la gestion de l’éclairage public.

Depuis, nous avons évolué : on a travaillé avec de grandes entreprises comme Legrand et on a créé un compteur/ capteur intelligent, qui est par exemple au catalogue d’Alstom.

Aujourd’hui, Dotvision est une entreprise qui a pour vocation de connecter les capteurs (sensors) au Cloud, le tout avec un savoir-faire tant hardware que software. C’est ce qui fait notre spécificité : alors que beaucoup d’entreprises se consacrent aux logiciels de traitement des données, ou à l’architecture qui permet de distribuer ces données, nous travaillons aussi sur les capteurs en eux-mêmes.

« On ne sait pas de quoi sera fait l’avenir. Il faut tester, échouer, évoluer »

Microsoft accompagne de nombreuses entreprises, que ce soit en phase d’amorçage (BizSpark) ou d’accélération (Ventures), dont Dotvision. Pourquoi ?

Nicolas Gaume : Nous portons une attention toute particulière aux startups. BizSpark est un programme d’accompagnement offrant de nombreuses applications, capacité cloud et solutions gratuites pour rendre la vie plus facile aux sociétés en développement. MS Ventures est un accélérateur dans le quartier du Sentier à Paris qui accompagne un nombre ciblé de startups prometteuses.

Microsoft fournit des plateformes comme Windows 10, Azure ou encore Office 365 qui permettent à de nombreuses entreprises de créer des applications et des services pour une vaste diversité de clients. Notre ambition est d’aider développeurs et entreprises, petits ou grands, dans leur développement.

Par définition, on ne sait pas de quoi sera fait l’avenir. Il faut tester, échouer, évoluer pour au final réussir. Nos technologies offrent aux startups l’opportunité de faire émerger plus vite leurs offres, de les rendre meilleures et tout de suite plus accessibles à une masse considérable de clients. A l’inverse, nos plateformes seront d’autant plus pertinentes qu’elles seront riches d’applications variées et performantes.

Nous croyons à l’écosystème entrepreneurial français : de belles et grandes idées naissent en France. Microsoft s’investit depuis longtemps auprès des startups et cette année de nouvelles et ambitieuses initiatives sont lancées pour renforcer cet engagement.

Notre engagement pour et avec les startups nous permet d’être aussi plus pertinents pour aider nos clients, grands comptes comme PME. Nous leur offrons des ponts avec les projets innovants qui pourraient être pertinents pour leurs activités.

Certes sur 1 000 projets que nous soutenons, un petit nombre seulement feront vraiment la différence. Mais nous pensons que c’est le rôle d’une grande entreprise comme Microsoft, que de participer activement à l’émergence des acteurs de l’économie de demain dans notre pays.

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« Notre engagement pour et avec les startups nous permet d'être aussi plus pertinents pour aider nos clients, grands comptes comme PME. »


Crédit image : jamonation / Flickr.com/ Licence CC BY SA 2.0

Beaucoup de projets concernent-ils l’IoT ?

Nicolas Gaume : Au lancement du programme, BizSpark, il n’y en avait aucun. Aujourd’hui, beaucoup de start-ups que nous accompagnons travaillent sur de l’IoT. Nous avons également des initiatives pour faire émerger des projets. Et c’est ainsi que nous avons récemment organisé, en partenariat avec AXA, un grand hackhaton IoT « Zone 61 ».

En France, on ne peut que constater que l’on aime créer, innover, pousser les murs, changer d’angle de vue. Cette année, notre pays a été le deuxième plus grand pourvoyeur de start-up sur le domaine de l’Internet des Objet au CES de Las Vegas, le rendez-vous annuel de l’innovation internationale !

« Je ne vois pas comment il pourrait y avoir des millions d’objets connectés sans les entreprises pour les faire… »

Quel regard portez-vous sur le secteur de l’IoT dans les 5 prochaines années ?

Guillaume Pelletier : J’émettrais deux alertes. La première a trait à la sécurité. C’est franchement effrayant : d’énormes trous de sécurité existent actuellement, en particulier dans le domaine des villes intelligentes. Aujourd’hui, si quelqu’un a la volonté et la motivation de pirater le système de récolte et de gestion des données d’une ville de province, c’est tout à fait réalisable. Ce serait long, mais faisable. Il va falloir assez vite se poser la question des standards, qui n’existent pas.

La seconde alerte est qu’il n’y a, selon moi, pas assez de connexions entre ceux qui font du hardware et du software. Je ne vois pas comment il pourrait y avoir des millions d’objets connectés sans les entreprises pour les faire… Pour moi, un objet connecté industrialisable, ce n’est pas seulement un essai sur un Arduino ou un Rasperry PI. Passer par ce type d’objets est normal dans le cadre d’une proof of concept, mais après il faut investir dans du matériel. Et ça, très peu d’entreprises le font.

C’est-à-dire qu’il existe un risque d’un Internet des Objets à deux vitesses ? Celui de « bidouilleurs », qui testent des concepts et développent des prototypes sur des cartes ou des nano-ordinateurs, et les entreprises capables de les industrialiser qui, elles, sont très peu nombreuses ? 

Guillaume Pelletier : En résumé, c’est cela. Nous sommes déjà dans un IoT à deux vitesses…

Plus largement, quels risques existent-il avec la démocratisation de l’IoT ?

Nicolas Gaume : Le risque sécuritaire est bien là. De plus en plus de données sont collectées et traitées. Sur de nombreux aspects de nos vies, avec un niveau d’intimité inédit. Il sera par exemple possible non seulement d’identifier où j’étais, mais également avec qui j’étais, si j’étais heureux ou malheureux, etc. Il faut rester d’une extrême vigilance sur la question de la vie privée. C’est un souci permanent chez Microsoft. Ces données ne nous appartiennent pas et nous nous devons de les traiter avec une rigueur et une transparence totales.

Si l’IoT reste conceptuel pour beaucoup, le champ applicatif qui nait bouleversera nos vies. Assurance, santé, sécurité, énergie, loisirs, publicité, transport, industrie, … tous ces secteurs et bien d’autres se réinventeront. Cela va amener des incompréhensions, des chocs générationnels. Mais il n’est pas non plus interdit d’être positifs ! Nous saurons nous adapter et surtout tirer parti de ces opportunités pour améliorer nos vies : anticiper de nombreux désagréments, réagir bien plus rapidement lorsqu’un problème apparaîtra, créer de nouveaux services inconnus aujourd’hui.