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Annoncé à l’horizon 2022, le projet du Grand Paris Express entend créer le « métro le plus digital du monde ». Au-delà d’un simple service de transports, ce projet de mobilité francilienne veut également faciliter au maximum la vie numérique des usagers. Mais comment identifier les besoins de demain – et comment y répondre ? Rencontre avec Jérôme Coutant, responsable du numérique à la société du Grand Paris.

En tant que Responsable numérique de la société du Grand Paris, quelles sont vos missions ?

Jérôme Coutant : Je suis chargé de concevoir et de mettre en œuvre le projet numérique de la société du Grand Paris (SGP), qui comporte trois volets :

  • les infrastructures numériques,
  • qui vont produire des données numériques qu’il faudra cultiver,
  • et mettre à la disposition des inventeurs du futur par une démarche d’innovation ouverte


Avec quels interlocuteurs êtes-vous en relation ?

Nous réfléchissons avec l’ensemble de celles et ceux qui ont voulu prendre part au projet numérique il y a 2 ans via un appel à manifestation d’intérêt sur la dimension numérique du Grand Paris Express. Ce qui forme un groupe de 170 contributeurs – acteurs de l’écosystème numérique, mais aussi acteurs du transport et de la ville, des collectivités locales, des associations… – avec lesquels nous menons un dialogue en continu sur l’ensemble des pistes d’action qu’ils ont eux-mêmes recommandé à la Société du Grand Paris.

« Avec les 250 chantiers que nous allons lancer, dont 68 gares, le Grand Paris Express est vraiment le chantier du siècle en Île-de-France. »


Jean-Paul PG via Flickr CC BY 2.0

Très concrètement, quelles sont ces pistes d’action ?

Neuf pistes d’action ont suscité un très fort intérêt de l’écosystème du Grand Paris, dont cinq de type infrastructures numériques – fibre optique, téléphonie mobile, Wifi, géolocalisation, data centers – et quatre de nature diverses – valorisation des données numériques, tiers lieux, living lab, Internet des objets. Nous avons engagé immédiatement une phase de dialogue approfondi avec les contributeurs, notamment sur l’open data.


C’est-à-dire ?

Nous avons la volonté d’avoir une démarche exemplaire en la matière, dès la phase de conception du Grand Paris Express. C’est l’idée d’un métro « natif open data ». A l’issue d’une période de concertation interne, nous avons ouvert en février 2015 des premiers jeux de données issus des études d’avant-projet du Grand Paris Express et des dossiers d’enquêtes publiques.

Nous avons également engagé en 2015 un dialogue avec tous les acteurs de l’innovation implantés dans les territoires du Grand Paris pour bien comprendre le rôle que la SGP pourrait jouer pour faciliter l’innovation ouverte et la création de services et de solutions pour les usagers. En ayant à l’esprit que nous ne pensons pas seulement aux voyageurs, mais aussi aux riverains des chantiers, aux commerçants de proximité, aux automobilistes…

C’est là que la donnée joue un rôle très important. Avec les quelques 250 chantiers que nous allons lancer, dont 68 gares – c’est vraiment le chantier du siècle en Ile-de-France – la production de données va s’intensifier et le nombre de lieux d’expérimentations se multiplier. C’est un « terrain de jeu » sans équivalent.

La difficulté est de se projeter sur les dix, vingt, voire les trente prochaines années, alors qu’on ne connaît pas les usages et les technologies à cette échéance. Nous nous adressons donc aux inventeurs du futur, et en particulier aux startups.

Justement : le Grand Paris Express est un projet au long cours. Comment prévoir les innovations qui seront indispensables d’ici son entrée en service ?

On voit bien que les smartphones ont fait décoller les usages et en particulier l’accès internet mobile. C’est une tendance lourde quels que soient les terminaux à venir. Mais d’autres ruptures de même nature pourraient faire croître ces usages mobiles de façon plus rapide encore et nous devons le prévoir en termes de dimensionnement des réseaux, de même que nous devons pouvoir accueillir toutes les technologies émergentes dès lors qu’elles seront normalisées, je pense au LiFi par exemple.

On ne peut pas prévoir les services qui auront la préférence du public. Mais on peut en faciliter la création, par un programme d’accompagnement et de soutien aux développeurs et inventeurs et par un accès aux données produites par les infrastructures, par le réseau Wifi et le réseau de géolocalisation, etc.

Le Grand Paris Express peut devenir une véritable plateforme numérique, interactive, productrice de services et de contenus. L’écosystème participe à sa conception, et les voyageurs vont enrichir les services numériques produits et les personnaliser. Ce qui me frappe dans ce projet, c’est que tout est possible. Il suffit de le décider puisque nous partons d’une page blanche. C’est une occasion historique : on ne réalise pas deux infrastructures publiques de cette ampleur par siècle !

« On ne peut pas pévoir les services qui auront la préférence du public, mais on peut en faciliter la création. »


Manuel Baldassari via Flickr CC BY 2.0

Quel impact cela a-t-il sur vos méthodes de travail ?

Traditionnellement, les infrastructures ne sont pas conçues en open design. Généralement, on confie à des ingénieurs le soin de décider ce qu’il faut faire. S’agissant des infrastructures numériques du Grand Paris Express, compte tenu des enjeux, nous avons voulu associer tous les acteurs susceptibles de les utiliser au cours des prochaines décennies, en particulier les opérateurs, mais aussi de grandes entreprises et des acteurs publics.

C’est une autre de travailler qui nécessite beaucoup de leadership et de pédagogie. Nous avons travaillé par exemple pendant deux ans sur le réseau de fibres optiques avec une cinquantaine de contributeurs à l’AMI numérique. Le résultat, c’est un design du réseau qui pourra constituer un véritable référentiel français, qui a été partagé avec tous ceux qui y ont contribué, et qui sera certainement utilisé à l’export car certains acteurs.

Quid des voyageurs ? Comment allez-vous prendre en compte leurs retours après les mises en service ?

La mise en service du métro est à l’horizon 2022 : d’ici là, tout sera fait pour que les voyageurs puissent interagir avec la plateforme et interagir entre eux. C’est d’ailleurs déjà possible avec les réseaux sociaux et les sites collaboratifs, donc ce n’est pas une révolution. Mais nous pouvons rendre les voyageurs plus maitres de leurs usages, du format des contenus. Nous pouvons par exemple faire émerger plus de services collaboratifs entre voyageurs voyageant régulièrement aux mêmes horaires. C’est une question de réseau –ils auront le choix entre le réseau mobile et le Wifi, ou d’autres technologies de même nature – et c’est une question d’offres de services que nous pouvons faire émerger par le programme d’innovation ouverte et en suscitant la participation des voyageurs. Encore une fois, la connectivité est une condition indispensable.


Lorsqu’Etienne Guyot était président du directoire de la société du Grand Paris, il a déclaré vouloir faire du Grand Paris Express le « métro le plus digital du monde ». Concrètement, qu’est-ce que les usagers peuvent en attendre ?

Philippe Yvin, qui a succédé à Etienne Guyot, poursuit cette vision, qui signifie qu’au-delà du service de transport, le Grand Paris Express apportera bien d’autres services aux voyageurs. Un véritable univers de services numériques en somme.

Aujourd’hui, les gens prennent le métro pour aller d’un point à un autre, et le temps qu’ils consacrent à leur mobilité n’est pas toujours plaisant. Notre objectif est que le temps de voyage devienne utile, voire jubilatoire et enrichissant.

Le Grand Paris Express sera unique au monde, on pourra s’y cultiver, échanger des services, faire ses courses en ligne avec la perspective d’une livraison minutée à la sortie de la gare ou à domicile. On pourra innover, collaborer et travailler. On pourra se distraire en jouant seul ou avec d’autres, présents à proximité. Et bien d’autres choses encore. Le numérique va rendre tout ceci possible.